Carte blanche à Jean Gaumy

Pour une semaine de films, de photographies, expositions, débats, lectures, théâtre, cabaret aux ateliers du Passage, au Petit Théâtre et à l'Embarcadère.

Du 7 au 12 décembre 2009

Invitation d’une personnalité artistique de premier plan qui a choisi comme port d’attache Fécamp, et à qui nous ouvrons grandes toutes les portes du théâtre. Une semaine de carte blanche pour entrevoir ses réalisations qu’elles soient photographiques ou cinématographiques.
Un artiste “au milieu du monde”, curieux des autres. Un artiste qui guette, s’immerge, accompagne, pour saisir de l’essentiel, la tendresse d’un regard mais aussi l’inquiétude, l’abandon, la peur, ce qui tous nous constitue !


Et il y a de l’enfance dans le regard de l’artiste ! Peurs ancestrales, sensibilité à vif !
De la source, du tout début, de l’indicible ! Mais aussi un savoir-faire et une infinie soif de comprendre ! Une mémoire chargée de toutes les violences vues, des humiliations, de la bêtise, de la folie, mais aussi des regards les plus doux, les plus confiants ! Et c’est ce qu’il voit, à force de regarder, qu’il donne ensuite à voir et à partager ! Une semaine sans concessions, mais aussi tendre, pleine de chaleur grâce aux artistes invités par Jean Gaumy et aux oeuvres qui seront proposées.
Tout seul ensemble !


Carte blanche pour une nouvelle saison qui interroge et s’interroge encore et toujours sur la place des artistes et du théâtre dans la cité. Nous avons demandé à Jean Gaumy d’écrire quelques lignes. Il nous a envoyé des notes éparses. Ce sont elles que nous choisissons de publier quasiment in extenso.

AU MILIEU DU MONDE
Tout seul ensemble


Tout est lié - en sourdine, la cohérence de toute une vie s’impose. L’enfance bien sûr, le moteur.
Les enthousiasmes d’une période, les convictions, les influences dont on se construit. Les rencontres surtout.

Dans une période où manifestement la politique instrumentalise de plus en plus le “voir”, le paraître, le fantasme, c’est peut-être bien actuellement à l’art de réinjecter une dose salutaire de réel. Rendre compte. Rendre des comptes. Se rendre compte.

Toute une somme d’expériences individuelles ou collectives. Parfois fécondes, parfois stériles. Génératrices ou pas. C’est selon. Selon ce qu’on en fait surtout.

Tenir un point de vue affirmé. Se placer au milieu du monde même si paradoxalement les photographes de ma sorte sont plutôt solitaires. Tout seul avec les autres, tout seul ensemble.

Photographie de haute proximité. Au contact. Juste un pas en arrière. Juste le bon recul, la bonne distance pour prendre position. Ce n’est jamais sur les rails qu’on photographie le passage des trains.
Exposer, se risquer, s’exposer. Surtout ne pas tricher, ne pas faire le malin. Se confronter au terrain. Se rendre poreux. Des univers où se côtoient sordide et grandeur, misère humaine et splendeurs.
L’état des lieux.

S’immerger. Ne pas se noyer. Rester soi-même. Le pire étant pourtant de revenir semblable, étanche, comme si de rien n’était.

Mission de reconnaissance. De soi, des autres.

Pour ma part, je reprends les mots de Marc Riboud : « ni journaliste, ni vraiment “artiste” : photographe».
Il y a les périodes d’artisanat. Copier, transposer, donner parfois au réel un surcroît d’énergie, de sens et de l’harmonie. Parfois plus. Souvent rien. Il y a ces périodes rares, très à fleur de regard. Ces instants trop brefs où les nerfs vibrent et détectent les mouvements du monde - en soi, autour de soi - comme des sismographes.

C’est la grâce des meilleurs, leur état “naturel”. Pour eux comme pour les autres, pas de quartier : le travail, les gammes, le cadre, la lumière, le travail et encore le travail, l’obsession, l’enthousiasme, l’endurance, l’humilité rageuse et la lucidité. La lucidité qui permet de se poser les bonnes questions.
Qui ne dicte jamais de réponses. Je le sais, c’est le lot de tous ceux qui me font l’amitié de venir enrichir cette carte blanche. Merci !
JEAN GAUMY

EXPOSITIONS AUX ATELIERS DU PASSAGE (SOLSOU)
Vernissage lundi 7 décembre 18h00


CARNETS

Jean-Christophe Leforestier

Je connais Jean-Christophe depuis longtemps. Il vit à la campagne près de Fécamp. Aux yeux du Centre national de la cinématographie il est officiellement cadreur de longs métrages de fiction et chef opérateur de courts-métrages de fiction et de documentaires, longs et courts. Il y a quelques années nous avions travaillé ensemble pour les sujets réalisés à l’étranger de l’émission littéraire de Pierre Dumayet “Lire et Écrire”. Moi à la caméra, lui au son. Nous échangions ensemble avec ces écrivains étrangers qu’il connaissait bien mieux que moi.
À divers titres, il a collaboré à la plupart de mes documentaires. Il a aussi été le chef opérateur du beau film Les Terriens qu’Ariane Doublet a tourné dans la région. C’est lui qui tenait la caméra et qui a si bien maîtrisé le cadre et la lumière. Il touche à tout, il est curieux de tout. À lui seul c’est tout un univers. Le théâtre, la littérature, l’écriture, la peinture, le cinéma bien sûr, le montage et surtout la réalisation d’étranges fictions qui font émerger des mondes en marge faits de longs crépuscules, de météorologies changeantes, d’errants, de marionnettes et de vieilles machines autonomes. Je connaissais bien sa propension à dessiner (j’ai même essayé de lui voler quelques-uns de ses dessins…). Lorsque j’ai revu ses carnets, son agenda, j’étais déjà persuadé qu’il fallait les exposer. Un travail joyeux, obstiné, une discipline des années durant, toute pétrie de la vie de chaque jour. Textes et dessins. Chaque jour. Dans son coin, actif, discret. Trop discret peut-être. La discrétion des sincères. De ceux qui ne la ramènent pas. De ceux qui sont naturellement curieux et sensibles au monde, de ceux qui ne cherchent pas à se la jouer “artiste” mais le sont.

ZONA/S’EXPOSER À L’INCONNU – ÉCHANTILLONS DE TCHERNOBYL

Pascal Rueff
« Qu’est-ce que les artistes vont faire dans de pareils endroits ? » Cette réflexion, Pascal Rueff et moi-même l’avons entendue plus d’une fois… Certains même n’hésitant pas à nous dire, péremptoires, « Vous n’avez rien à y faire »… Désolés, il nous semble que la situation est trop grave pour n’en parler que de façon officielle, politique ou scientifique. Mais comme pour ces gens-là, le mot artiste veut probablement dire inconséquent, irresponsable, esthète dans le meilleur des cas…
Pascal Rueff utilise une technique des débuts de la photographie. La forme plastique y est au service de l’esprit, de l’idée. Je sais que pour Pascal le sténopé est une technique quasi organique, un outil de prélèvement, une sorte d’éprouvette. Je l’ai vu opérer sur le terrain. Ce sont à tout point de vue des photos de genèse, des photographies totalement rustiques qui aident à faire sentir l’invisible brasier hautement contaminé des “nouveaux” territoires de l’humanité. Invisible à nos sens mais terriblement concret.
www.tchernobyl.fr

À CONTRE-COUPS
Annette Lucas / Jane Evelyn Atwood
Jane Evelyn Atwood est une photographe réputée mondialement. Elle est arrivée en France vers 1971. Elle se débrouillait comme fille au pair puis s’est mise un temps à travailler à la Poste… Elle avait 23 ans. C’est en 1974 qu’elle a porté son premier regard photographique sur le monde, vers ses voisines d’immeuble, des prostituées de Paris. Très inexpérimentée photographiquement, elle avait déjà cependant une approche extrêmement humaine et engagée. Comme elle, je débutais, et c’est durant cette période que nous nous sommes quelquefois rencontrés. Jane est une de ces photographes précieuses que l’on dit “concernées”. C’est pour cela, pour ce tour d’esprit, qu’Annette Lucas lui a demandé en 2004 de faire le portrait des femmes qui se sont confiées dans À contre-coup. Ce travail s’est terminé en 2006.
Annette connaissait les photos que Jane Evelyn Atwood avait faites entre 1989 et 2000 dans les prisons de femmes (publiées dans Trop de peines, un livre désormais épuisé). Elle voulait surtout un regard qui ne soit pas naïf, un regard sans inutile commisération. Elle cherchait une femme photographe qui, loin des studios, aime et sache aller à la rencontre des gens. Elle l’a trouvée.
www.janeevelynatwood.com

 

 
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